Qu'est ce que le karate traditionnel ?

La pratique du Karaté traditionnel n'est pas développée selon les critères d'arbitrage sportif (appliqués en compétition et restrictifs d'application pour raison de sécurité).
Le pratiquant développe des combinaisons techniques plus diversifiées et limitées pédagogiquement pas le contrôle absolu (respect du partenaire).
Sur la photo Hitoshi Kasuya, 8ème Dan

Roland Habersetzer (aujourd'hui 9ème Dan du Japon) écrivait il y a près de 30 ans que "l'essentiel est l'existence, voire la survie, de petits groupes œuvrant en marge des structures officielles, géants administratifs sans âme." Dans ces mots que je cite de mémoire il cherchait à questionner ce qui distingue les instances (méta) administratives des groupes beaucoup plus modestes - ou humbles - de styles ou de tendances (par exemple la référence à la "tradition"). On peut maintenant effectuer une sociologie historique des Budo, beaucoup plus précise que ce qu'on en aurait dit il y a encore une vingtaine d'années. Alors même qu'à la fin des années 80 on ne comptait en France que 4 ou 5 détenteurs (légaux ou dissidents) du 7ème Dan on dénombre aujourd'hui - par le fait des ans et une certaine inflation même - plusieurs dizaines de détenteurs de ce même grade. Toutefois, là où il se délivrait sur critères sportifs (notamment en Europe et aux USA) on a progressivement remarqué l'importance d'une compétence et connaissance globales, beaucoup plus finis et riches que le seul axe du budo-sport. Là, pour résumer en quelques lignes, a agi l'influence des petits groupes - pourtant longtemps écartés du système fédéral officiel (et légalisé) et y étant encore maintenu pour le plus grand nombre -, styles, écoles et associations de promotion de la tradition japonaise. Nos attitudes souvent condescendantes d'occidentaux nous ont aussi souvent fait oublier qu'un Dojo avec un modeste enseignant et ses quelques élèves pouvaient être de meilleurs gardiens de l'art (de la main) que les statuts et règlements les plus légaux. A chacun sa voie, selon qu'il parvient à exprimer, justement, sa voix à sa façon ; et c'est bien là l'essentiel d'un Budo, qu'il fasse de son adepte un homme libre pouvant se réaliser pleinement tout en participant de la transmission, sans imposer à l'autre sa propre pensée.